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Eléonore Bernair... par Ileana Cornea

L’imitation de la réalité fascine. Les raisins peints par Zeuxis trompent même les yeux des oiseaux. L’ambiguïté de l’image peinte en tout point conforme à l’image de la réalité suscite le trouble : le même est autre, l’original et la copie, qui est qui ?

Devant la mer d’Eléonore Bernair, nous restons ébahis.
Est-ce une photographie ou bien une peinture ?

La couleur, la transparence et la lumière, l’écume, l’embrun c’est la mer ! Tantôt cette masse mouvante se retire, tantôt, tumultueuse, elle déferle sous un ciel froncé. La houle sublime interroge notre condition humaine comme les toiles romantiques de Gaspar Friedrich. Les reflets du soleil attestent sa majesté, elle change de couleur à l’aube, là elle est calme et si peu sauvage, elle reste pourtant immobile, elle est image.

Le spectateur en est dérouté. Tout en rougissant d’avoir été mystifié, il se sent divisé entre la curiosité de savoir comment une telle reproduction a été techniquement possible et l’admiration devant une réalisation aussi minutieuse. La peinture réaliste évoque d’une manière immédiate le signifié. Les images nous apparaissant d’emblé familières, évidentes, lisibles.


Plus qu’un autre genre pictural elle appelle d’une manière directe l’avis du spectateur. Connaisseur ou pas des problèmes posés par la peinture, le spectateur compare malgré lui ce qu’il voit, avec ce qu’il croit savoir de la réalité.
Depuis l’Antiquité, milles anecdotes courent à propos de ce type de situation. L’une d’entre elles veut que Apelle de Cos fût apostrophé par un cordonnier qui avait remarqué l’absence d’une anse à la sandale du personnage qu’il venait de peindre. Le peintre corrigea aussitôt son erreur. Le même cordonnier s’était ensuite permis de critiquer également la jambe du personnage d’où la célèbre réponse de l’artiste, passée depuis en proverbe : « Ne sutar supra crepidam » (Cordonnier, pas plus haut que la sandale !)

L’hyperréalisme américain des années 70 remet au goût du jour l’art du simulacre, exaltant la banalité de la société de consommation. L’Amérique s’y reconnaît comme dans un miroir, embellissant.
La mer peinte par Eléonore Bernair, exploite la veine hyperréaliste, mais dans son travail d’exploration, la « mimesis » (l’imitation) s’évade dans « la phantasia ».

Cet autre aspect de la peinture de l’artiste belge est tourné du côté du rêve. Elle aborde le monde fantastique avec désinvolture. Sa technique picturale lui permet de brouiller les cartes, comme elle l’entend : La mimesis ne peut créer que ce qu’elle a vu, la phantasia, ce qu’elle n’a pas vu, écrit Philostrate Ancien.

De la réalité, elle garde des fragments : êtres, objets, animaux, décors. Les associant sur la toile, elle nous fait passer dans la quatrième dimension, dans le monde de l’étrange.
Les objets sont organisés de façon symétrique, l’atmosphère rappelle les rêves des peintres orientalistes du XIXème siècle empreints d’exotisme.
Dans un décor éclectique, une femme brune se prélasse sur un tapis persan près d’un tigre de Bengale. Une orange est placée juste devant ce couple fabuleux. Quelque part dans la steppe, Europe galope nue sur le dos de Zeus indompté. Eléonore Bernair se laisse prendre dans les rets du rêve et le rêve se laisse deviner à travers le langage énigmatique des symboles.


Ileana Cornea

Janvier 2010

 

 

 




Eléonore BERNAIR - Artiste peintre
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